Luc FOISNEAU
Une autre place de la folie en politique
Pouvoirs n°196 - janvier 2026 - La folie - p.91-103
La question de la santé mentale des gouvernants n’épuise pas la question de la folie en politique. Depuis Socrate sur l’agora d’Athènes, le questionnement philosophique a pris plus d’une fois la forme d’une critique radicale, au nom de la justice, des valeurs et des pratiques de la politique. Comme le droit occupe une place centrale dans cette critique, il est intéressant d’analyser la transformation à l’époque moderne de la thèse socratique de la priorité de la justice. Après avoir dessiné le portrait de Socrate en personnage extravagant, nous nous intéresserons à une double réfutation : qu’il n’est pas fou de réclamer une justice entre les nations (Grotius) et qu’il n’est pas déraisonnable d’obéir aux lois de l’État, contrairement à ce que prétend l’insensé de Hobbes dans le Léviathan.