Antonin GUYADER, Thomas HOCHMANN

Introduction

Pouvoirs n°196 - janvier 2026 - La folie - p.3

À Annette André (1944-2025)
À Michael Guyader (1947-2025)

« Le conformisme commence à la définition. » S’il est bien un terme qui prend à revers le conformisme, n’est-ce pas celui de folie ? S’inspirant de l’aphorisme de Georges Braque, l’ambition de ce numéro n’est pas de définir. Tenter plutôt de décrire, voire de comprendre, une expérience aussi éminemment singulière que structurellement collective : la rencontre entre une souffrance psychique radicale et une construction sociale qui, sans être statique, reste attachée à des marges où la fréquente précarité voisine souvent avec la maltraitance.

Levons une équivoque : sans ignorer que les mots-catégories folie, folle ou fou portent leur charge de jugements de valeur – pour la plupart dépréciatifs, versant déraison, parfois mélioratifs, versant créativité –, nous les utiliserons ici pour mieux éclairer l’accueil fait à une forme d’altérité (terme déjà problématique) vite convertie en stigmate.

Alors que selon le dictionnaire de l’Académie française « le mot folie n’est plus guère employé en psychiatrie » et que depuis peu chacun est invité à se soucier de sa « santé mentale », alors que Marcel Gauchet observait il y a dix ans que les fous avaient « cessé d’intéresser qui que ce soit », faire un pas de côté permet d’examiner, bien au-delà des seules dimensions médicales, les différentes appréhensions d’une épreuve qui ne cesse de nous questionner.

De la prison à la Maison Blanche, traversant de part en part les conceptions de la folie, les défis de sa prise en charge sociale et juridique, son écho dans le champ du politique, croisant les regards de philosophes, historiens, juristes, sociologues, politistes et soignants, s’arrêtant dans les lieux où l’on accueille ceux qui souffrent et où l’on tente encore de les aider, Pouvoirs emprunte la diagonale du fou.

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