Antonin GUYADER, Éric THIERS, Mathilde UNGER

Introduction

Pouvoirs n°195 - novembre 2025 - Le « modèle » nordique - p.3

L’étoile Polaire chère aux navigateurs a des adeptes inattendus. Ériger le Nord en repère et même en « modèle » est devenu, depuis les années 1980, un réflexe dans les journaux comme dans le langage courant : « scandinave » ou « suédois », cet idéal incarné par les cinq pays du Conseil nordique (Danemark, Finlande, Islande, Norvège et Suède) promet de concilier État-providence, santé économique, égalité des sexes, transparence et pacifisme sur la scène internationale.

Plus surprenant, rien dans les crises sociales et politiques que traversent ces pays (le succès du nationalisme, les interminables grèves anti-Tesla, la tension diplomatique entre le Danemark et les États-Unis) n’a vraiment altéré cette image d’Épinal, et ce, en dépit de l’actualité très récente. Située entre la Russie et l’Union européenne, la zone est en effet hautement inflammable : les câbles finlandais sont la proie des sous-marins russes dans la Baltique et les eaux norvégiennes servent d’avant-poste à la défense occidentale. Dans ce contexte, l’alignement des États nordiques à l’agenda européen est d’ailleurs à géométrie variable.

Les discrets pays ainsi placés au centre du jeu, comment expliquer que le modèle nordique ait toujours la peau dure ? D’abord, parce qu’il désigne l’unité que ces cinq États doivent à des histoires et des territoires entre-mêlés : le rôle de la loi, l’Église d’État ou, plus récemment, le droit de la famille forment bien une culture politique nordique, en dépit d’évidentes disparités nationales. Surtout, parce que le modèle est promu par un « soft power » très performant, qui donne aux « petits » pays nordiques un rôle étonnamment puissant. En montrant que le nationalisme est dans l’ADN des social-démocraties depuis l’origine, que le plan énergétique supposément vert de la Norvège bafoue les droits des peuples autochtones, que la transparence fait le lit des extrêmes droites scandinaves, ou encore que le congé
parental suédois sert à rendre la famille attrayante pour les femmes, ce numéro de Pouvoirs en déjoue les ressorts sans casser (entièrement) le mythe.

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