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Pouvoirs n°127 - 1er avril - 30 juin 2008

7 mai 2008. Premier ministre. Taoiseach depuis le 26 juin 1997, soit près de onze ans, Bertie Ahern annonce le 2 avril son intention de quitter ses fonctions le 6 mai. C’est une surprise car il avait été réélu en 2007 pour un troisième mandat. Il est cependant impliqué dans une affaire de corruption. C’est ainsi qu’entre 1987 et 1994 il n’avait pas de compte bancaire et encaissait ses chèques auprès de son pub local ! Des sommes importantes auraient été versées sur des comptes de son ancienne compagne.
Le ministre des Finances et vice-Premier ministre Brian Cowen, 48 ans, lui succède le 7 mai, élu par le Dail par 88 voix contre 76. Député depuis 1984, alors âgé de 24 ans, il succédait à son père Bernard Cowen. Ministre du Travail en 1992 puis des Transports en 1993-1994, il occupe le portefeuille de la Santé en 1997, celui des Affaires étrangères en 2004 et enfin celui des Finances depuis 2004. Beaucoup plus rugueux que Bertie Ahern, il jouit d’une grande popularité.
Mary Coughlan devient vice-Premier ministre et Micheál Martin ministre des Affaires étrangères. Le gouvernement compte 14 ministres dont 3 femmes et 20 secrétaires d’État dont 2 femmes.
Ce changement intervient en pleine campagne référendaire sur le traité de Lisbonne.

12 juin 2008. Référendum. Seul pays de l’Union européenne constitutionnellement obligé de soumettre le traité de Lisbonne (dit « traité simplifié ») signé le 13 décembre 2007 à un référendum, l’Irlande a organisé cette consultation le 12 juin 2008, qui a abouti à son rejet par 53,4 % des Irlandais (46,34 % d’opinions favorables). Mais la participation n’a été que de 46,9 %. Les partisans du « non », au total une douzaine répartie en organisations aux objectifs divers et variés, ont saisi l’occasion de dire leur rejet d’une Europe trop grande pour la petite République d’Irlande. Chacun, de Libertas au Sinn Fein, en passant par les catholiques d’extrême droite, a dénoncé le traité pour des raisons parfois opposées.
C’est un divorce entre le peuple et les élites politiques qui avaient appelé à voter en faveur du oui.
Le scrutin s’est déroulé dans un très mauvais contexte interne, intervenant au moment où l’Irlande changeait de Premier ministre. C’est l’Irlande rurale qui a fait triompher le non.
Selon un sondage, 40 % des Irlandais ont voté non car ils n’ont pas compris le traité. 20 % ont voulu protéger l’identité irlandaise, 17 % ont exprimé de la méfiance à l’égard des politiciens, 10 % ont eu le souci de la neutralité, 10 % ont sanctionné la perte du commissaire irlandais entraînée par le traité et 8 % ont refusé l’harmonisation fiscale.
Le vote irlandais est intervenu après les ratifications parlementaires du traité le 11 juin par la Finlande, l’Estonie et la Grèce, portant à 18 le nombre des ratifications. Le texte, censé remplacer le projet de Constitution européenne rejeté par référendum en 2005 par la France et les Pays-Bas, doit être approuvé par la totalité des 27 États membres pour une entrée en vigueur initialement prévue le 1er janvier 2009. Il prévoit d’instituer pour l’Union un président élu pour deux ans et demi renouvelables, un haut représentant pour la politique étrangère, un système de décision plus démocratique ainsi qu’un rôle accru pour les Parlements européen et nationaux. La question se pose aujourd’hui de savoir si le « non » irlandais est définitif.
Déjà, à propos du traité de Nice, les Irlandais avaient émis une opinion négative le 7 juin 2001. Un second référendum en octobre 2002 avait permis l’approbation. Au total l’Irlande aura connu 7 référendums sur des questions européennes si on y ajoute ceux de 1972 sur l’adhésion aux Communautés européennes, de 1987 sur l’Acte unique européen, de 1992 sur le traité de Maastricht et de 1998 sur le traité d’Amsterdam.
Le Conseil européen a longuement débattu des résultats négatifs du référendum irlandais sur le traité de Lisbonne. Les dirigeants de l’Union européenne ont décidé de continuer le processus de ratification dans les pays qui n’ont pas encore approuvé le traité et de revenir sur le sujet lors de leur sommet d’octobre. Jusqu’ici, 19 pays ont approuvé le traité. Emboîtant le pas à la chambre des Lords, le Parlement britannique a approuvé le 18 juin 2008 le traité de Lisbonne. Le texte avait été préalablement adopté en mars par la chambre des Communes.

Résultats
Inscrits Votants Nuls Exprimés OUI NON
3 051 278 1 621 037 (53,13%) 6 171 (0,38%) 1 614 866 752 451 (46,60%) 862 415 (53,40%)